Le petit livre de la vie et de la mort :

compte-rendu par José Le Roy

Dans sa préface au « Petit livre de la vie et de la mort », Ram Dass dit de cet ouvrage que c’est un régal. Pour ma part, je dirais que ce livre de Douglas est génial, génial au sens premier, c’est-à-dire œuvre de génie, œuvre qui innove, qui rend évident ce qui était caché. Cet ouvrage est révolutionnaire :


« Nous déclenchons une révolution intérieure non violente à côté de laquelle Trotsky fait figure de bourgeois. Il s’agit d’une véritable percée dont les conséquences sont illimitées (...) En fait il est difficile de trouver un secteur de notre vie qu’elle ne menace pas ou ne promet de bouleverser et de transformer radicalement »

(p. 189)


Tâche difficile donc de résumer en quelques pages cette percée et tout ce livre de Douglas si riche et si dense.


« Il n’est pas facile pour le lecteur (ni pour l’auteur d’ailleurs) de les assimiler (les idées annoncées ici), d’en faire la synthèse et de les retenir. »

(p. 201)


Car ce livre innove dans tous les domaines : en théologie (Dieu n’est pas là-bas au loin, mais au centre de soi-même ; la résurrection est maintenant), en philosophie (l’homme n’est pas un individu mental, mais la Source Non-chose - Toutes-choses du monde), en science (la conscience ne vient pas de la matière, la science nouvelle est à venir), en biologie (la conscience n’est pas le résultat de l’évolution biologique mais Sa Source), en linguistique (le langage crée une illusion en transformant la première personne en troisième personne), en psychologie (le mental changeant n’est pas la véritable essence de ce que Je Suis)... et bien sûr en ce qui concerne la vision de la mort. Non que toutes ces vérités soient nouvelles - les vérités sont éternelles - mais la forme de leur expression est entièrement originale.
C’est le problème de la mort qui guide le lecteur au travers de toutes ces découvertes. Parce que pour Douglas (88 ans maintenant) la mort est une question urgente, il décide de se poser les questions essentielles : qu’est-ce que la mort ? La mort est-elle un passage obligé ? (p. 8) La mort est en effet le moment fondamental de la vie :


« C’est à ce moment-là que nous avons des chances de commencer à entrevoir l’Evidence à laquelle nous avons toujours été aveugles. L’instant de la mort est forcément celui de la vérité. C’est pourquoi l’art de la vie consiste à anticiper ce moment, à mourir avant l’heure de la mort , à cesser de remettre sa mort à plus tard. » (p. 23)


Ainsi la mort apparaît paradoxalement comme le chemin même qui mène aux mystères les plus profonds de la vie, et nier la mort comme nous le faisons en Occident, cacher les mourants, abandonner les vieillards dans les hospices est en réalité aveuglement devant la vie.
Mais Douglas ne va pas mener son enquête en partant des croyances religieuses ou des on-dit, mais bien par « une approche scientifique et rigoureuse ». Or ce qui « distingue un fait scientifique, c’est qu’il est vérifiable maintenant, par n’importe qui, et à volonté. »


L’originalité de l’auteur ici est, fort de cette méthode scientifique, de se demander directement qui est censé mourir. C’était là déjà la philosophie de Ramana Maharshi : quand un disciple venait auprès de lui se plaindre de mille problèmes, Maharshi demandait : qui a la problème ? Douglas demande ici : qui meurt ? qui êtes-vous ?


La première réponse (pp. 30 à 42) est intellectuelle et Douglas, à l’aide d’arguments irréfutables, démontre que ce que je suis n’est pas ce que je parais être. Ce que je pensais être est un humain mental, mais mon identité véritable est « le Mystère Ultime », « le Non-chose - Toutes-choses » (p. 37), « la Source du Monde », « l’Un », « le Corps Total et l’Absence de corps » (p. 42). Mais ces découvertes stupéfiantes - car elles sont prodigieusement stupéfiantes - demandent à être vérifiées par l’expérience.


« Certaines de mes découvertes ne cessent de me confondre, car elles sont si stupéfiantes que j’en ai le souffle coupé, elles me laissent sans voix. »

(p. 193)


A travers neuf expériences que Douglas nous propose de faire avec lui, nous découvrons et nous vérifions qu’en inversant notre regard de 180°, et en nous tournant vers l’intérieur de nous même alors l’Evidence éclate : Je Suis l’œil infini, l’Espace immobile, la première personne éternelle, la Capacité Pure et Vide. Ma vraie nature n’est jamais née et ne mourra jamais.


« Ce qui est si difficile (c’est à dire mourir à soi-même) n’est pleinement accompli que par ce qui est facile (c’est à dire voir qu’il n’y a personne ici susceptible de mourir) »

(p. 111)


Cette vision de Soi que Douglas appelle l’Envol vertical est la prise de conscience que : p. 117 « Je suis déjà libéré de la vie et de la mort et établi dans l’éternité. »
Là est le secret de l’enseignement inouï que la Source Non-chose - Toutes-choses nous révèle à travers Douglas.


« N’êtes-vous pas Un avec Lui ? N’avez-vous pas toujours été ici, persistant à l’ignorer, Ce Qui, une fois que vous le voyez, est plus évident que tout ce que vous avez jamais vu ? Ce pays de la clarté éternelle n’est-il pas votre pays natal ? »

(p. 109)


Pour Douglas, pas de vie individuelle après la mort physique (sauf peut-être précise-t-il dans le cas de morts violentes), pas de réincarnation (la conscience n’est déjà pas maintenant incarnée), mais l’Evidence qu’ici et maintenant, je peux, et je dois faire l’expérience présente de la mort (E.P.M) qui me révèle à moi-même comme l’Eternel. L’E.P.M me fait découvrir immédiatement la vraie vie après la mort. Douglas remarque que cette E.P.M est très proche de ce que les gens, ayant vécu des expériences au seuil de la mort (E.S.M) à la suite d’accidents, racontent : expériences de sortie du corps, vision d’une lumière, paix, félicité. Mais « L’E.S.M frappe à la porte du Ciel et y jette un coup d’œil. L’ E.P.M y entre. » (p. 150)


Ainsi pour entrer dans le Royaume des Cieux vraiment il faut mourir à soi-même maintenant.


« Pour pouvoir y retourner (dans le Royaume) vous devez être mort. Mort de la mort la plus profonde, c’est à dire jusqu'à l’annihilation totale (...) Recommençant tout à zéro comme un petit enfant, au Ciel vous voyez ce que vous voyez au lieu de voir ce qu’on vous a appris à voir. »

(p. 151)


Et le Royaume des Cieux s’ouvre alors pour vous, et l’éternité, et ses richesses. Il s’agit simplement de faire faire un tour de 180° à son regard et


« Vous découvrirez alors que vous êtes déjà mort à la vieille vie et ressuscité à la vie nouvelle, au Royaume des Cieux qui est celui de l’Evidence, et que vous n’avez jamais été ailleurs. »

(p. 164)


Grâce à ce chef d’œuvre de Douglas, c’est la mort elle-même qui est morte. Lisez ce livre. Faites-le lire à vos amis, à vos parents pour que chacun puisse également dire :


« Je n’ai jamais vécu ! Je suis cette source non vivante et impérissable de la vie et de la mort et en tant que telle je suis bien au-delà des deux. »

(p. 176)

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