Témoignage de Richard Lang : Pas en prison


Au début de l'année, j'ai reçu un article signé par un homme qui est en prison depuis plus de vingt ans. J. Amberchele avait lu un essai de Douglas Edison Harding, suivi ses instructions et vu Qui il était vraiment.

Les instructions de Douglas sont d'une clarté et d'une efficacité unique. En fait, je dirais que quiconque fait sincèrement ses « expériences » (comme il appelle ses exercices de conscience), verra sa véritable nature. (Voilà une promesse qui vaut la peine d'être testée !)

J'ai publié cet article dans notre Newsletter et reçu plusieurs réponses de personnes touchées par l'histoire de cet homme. Voici l'une d'entre elles:

« Je dois dire que cet article me ravit et en même temps m'émeut aux larmes. C'est sans doute le témoignage le plus précieux sur l'accessibilité et le pouvoir de la simple Vision que j'ai eu entre les mains, et si bien écrit... du fond du coeur et droit au coeur. »

J'ai été moi aussi profondément touché par cet article. De toute évidence, cet homme avait Vu. Et non seulement il avait vu, mais il partageait cette vision avec d'autres, dans le dur milieu d'une prison. Pourtant, il n'avait jamais participé à un atelier ni jamais remontré aucune personne consciente de son absence de tête. De plus, l'article était bien écrit, amenant le lecteur directement dans cette prison, dans cet atelier, et dans l'esprit et le coeur de son auteur. Après l'avoir lu, ma première pensée fut : « C'est un article sensationnel ! » Puis le doute s'est insinué : « Est-ce vraiment si extraordinaire ? » Alors je l'ai relu pour voir. Peut-être m'étais-je trompé. Mais non. C'est vraiment un texte extraordinaire.
Je devais donner des ateliers sur la vision sans tête dans cette partie du monde où se trouve Amberchele et l'idée m'est venue de lui rendre visite en prison. Immédiatement suivie par la pensée : « Tu dois être fou, Richard, de songer aller dans cette étrange prison, dans un autre pays, pour visiter un homme que tu ne connais pas. Laisse tomber. »

Mais l'instant d'après, je me suis rappelé Jean-Pierre De Caussade, ce jésuite français du dix septième siècle dont le recueil de lettres et d'essais L'Abandon à la Divine Providence est, l'un de mes livres préférés. Douglas m'a introduit à De Caussade au début des années soixante-dix, et nous avons souvent parlé de lui au cours des années. Je me suis rappelé un passage où De Caussade encourage le lecteur à prendre au sérieux certaines pensées spéciales qui traversent notre esprit de temps en temps, à leur faire confiance et à les mettre en action. Eh bien voilà ce qui semblait bien être une pensée de ce genre. J'ai été poussé à la suivre.

Autre chose m'y invitait également. Je suis quelqu'un qui aime l'aventure, enfin parfois ! (D'autres fois, je suis carrément poltron!) J'avais là une belle invitation à l'aventure ! Allais-je relever le défi ou me dégonfler ?

Grâce aux renseignements internationaux, j'obtins le numéro de téléphone du «Service de Redressement » où se trouve Amberchele. Je le composai en tremblant. Après avoir parlé à plusieurs personnes, je réussis enfin à contacter l'officier responsable qui me demanda le numéro de mon passeport et autres détails - formalités de sécurité.. Au cours de la conversation, j'appris que les visites n'étaient autorisées que le week-end. Tout en parlant, je modifiai donc mon programme et fixai la date et l'heure de ma visite à Amberchele.


A la fin du mois d'août, je pris un avion jusqu'à la ville la plus proche, louai une voiture, roulai pendant trois heures à travers un paysage inconnu et arrivai à l'entrée de la prison juste après le déjeuner. On m'ordonna de vider toutes mes poches et de rapporter ces objets dans ma voiture. Je n'étais autorisé à garder sur moi qu'une carte plastifiée reçue au bureau de la réception pour acheter des boissons dans la prison, un document m'autorisant à rendre visite au prisonnier et un disque métallique que j'avais dû échanger contre mes clefs de voiture. Après un court moment d'attente, je fus invité, avec plusieurs autres visiteurs, à monter dans un bus qui nous conduisit jusqu'à l'un des bâtiments de la prison. On me fit apposer ma signature dans un registre à l'entrée, puis passer à travers deux portes coulissantes - la première se verrouillant derrière moi avant que la deuxième ne s'ouvre - et je me retrouvai dans ce qui s'appelait « la cafétéria ». Il y avait là une douzaine de petites tables où des prisonniers - tous des hommes et tous vêtus de bleu - étaient assis avec leurs familles et amis. Il y avait des distributeurs de boissons douces tout le long d'un mur. Je me dirigeai vers une table où étaient assises deux surveillantes et déclinai mon identité. Elles me conduisirent à une table numérotée où je pris place en attendant que l'on aille chercher J. Amberchele dans sa cellule. (Amberchele est un pseudonyme.)

J'attendis environ un quart d'heure. La scène dans cette pièce était étrange - pour moi en tous cas. Des prisonniers étaient assis là avec leurs femmes, petites amies, mères, pères, enfants. Ils bavardaient,, buvaient des sodas, jouaient aux cartes. Pourtant, en les observant je ne pouvais m'empêcher d'imaginer certains sentiments, certaines émotions qui devaient, bouillonner sous la surface. Il y avait environ une trentaine de prisonniers avec leurs visiteurs. Tout au bout de la salle, une porte métallique donnait sans doute sur le reste de la prison. De temps à autre un prisonnier arrivait, par cette porte dans la cafétéria et je me demandais si c'était J. Amberchele. Plusieurs fois ce n'était pas lui, et sans me prêter la moindre attention les hommes se dirigeaient vers d'autres visiteurs à d'autres tables. A plusieurs reprises, je dois l'avouer, je fus soulagé que ce ne soit pas lui, sentant une différence profonde entre nous rien qu'à l'apparence. Mais qui sait ? C'était là une première impression superficielle. Je réalisai que j'étais en train de juger et essayai de me détendre, me préparant à être avec celui qui viendrait s'asseoir près de moi quel qu'il soit. Enfin un autre homme entra, parla aux deux surveillantes, regarda dans la direction de ma table et se dirigea vers moi. C'était « J ».

Je ressentis immédiatement une grande sympathie pour lui. C'était un homme d'une soixantaine d'années, grisonnant, avec un visage doux et ouvert. Je me levai pour lui serrer la main, et nous nous assîmes à la petite, table carrée. Nous commençâmes par échanger de menus propos, mais en vînmes rapidement au seul sujet qui nous intéressait réellement - Qui nous sommes vraiment.

Notre conversation fut pratiquement ininterrompue pendant l'heure et demie que je passai avec lui.

A un moment donné, nous allâmes ensemble jusqu'aux distributeurs de boissons et revînmes avec des jus de fruit.

« Ah, comme c'est bon ! » s'exclama-t-il en reposant la bouteille sur la table. J'appris qu'en prison les détenus ne reçoivent que du lait ou du café. Cette boisson était donc une vraie fête pour lui.

Je lui demandai pour combien de temps il serait en prison. « Pour le reste de mes jours, sans doute. »

Cependant, tout au long de notre rencontre je n'ai perçu aucune trace d'apitoiement sur son sort. Tout le contraire, en fait - une paix, une joie tranquille.

Pendant le temps que nous avons passé ensemble, j'ai remarqué deux ou trois fois qu'il avait les larmes aux yeux. Oui, il était ému par ma présence ici, dans cette salle - par le fait que j'avais pris la peine de faire de nombreux kilomètres pour lui rendre visite.

« Est-ce que vous aviez à faire dans cette région de toute façon ? » « Non. Je suis venu spécialement pour vous voir. »

Quand j'avais lu son article, ça avait été comme si Dieu - qui est intimement moi-même et pourtant totalement autre et au-delà de moi - comme si Dieu m'appelait mystérieusement du fond de cette prison. Un autre m'appelait qui pourtant était moi-même, et je voulais rencontrer cette partie de moi-même qui était là-bas en lui. J'étais curieux de savoir qui il était. Et, je voulais parier avec lui de ce que je devinais aussi précieux pour lui que pour moi.

Je sais aussi comme c'est merveilleux d'avoir des amis qui accordent une grande valeur à cette voie directe pour rentrer Chez Soi – «la Voie de Harding» comme la désigne J. dans son article. Et je voulais non seulement avoir moi-même un autre ami qui Voit, mais que lui ait aussi un ami qui Voit en moi. La relation entre amis qui Voient est si profonde qu'elle est au-delà de toute expression. Nous partageons consciemment l'être invisible. Ceci est merveilleux et stupéfiant. Vous êtes deux, et pourtant vous êtes un. Quel mystère ! Et lorsque vous êtes éloignés, vous pouvez toujours voir et être - l'être de « l'autre » – exactement là où vous êtes.


Et les amis peuvent si souvent nous inspirer et nous enseigner – si nous sommes prêt à regarder et écouter. Je pense que c'est l'une, des raisons pour laquelle Dieu a créé « les autres » – pour explorer de toutes les façons possibles l'incroyable miracle d'Etre. Et, quand il y a « des autres » - qui sont en même temps « Soi-même » - alors l'amour devient possible d'une manière qui eut été impossible s'il n'y avait jamais eu que l'Un.
Mais J. n'était pas seulement ému par le fait que j'avais pris la peine de lui rendre visite, mais aussi par la beauté, et l'infinie profondeur de ce que nous partageons.
Et il était également surpris, comme moi, de constater comme il est facile de voir son absence de visage. « C'est si simple! » s'exclamait-il . « Mais je pense qu'il fallait que ce soit aussi simple ! »
Je trouve que c'est merveilleux d'avoir un langage qui décrit la vision de Qui nous sommes vraiment en termes directement physiques. Assis là ensemble, nous parlions facilement d'être « face à espace », de regarder à partir de notre « oeil unique», d'être « espace d'accueil » pour la prison, d'être immobile alors que les lieux et les gens arrivent et disparaissent dans notre immobilité. Et nous trouvions tous deux étonnant de pouvoir désigner physiquement, avec son doigt, Qui l'on est vraiment. Qui eut jamais cru que l'on puisse désigner Dieu directement!


Nous avons également savouré ensemble le mystère de l'impossibilité de, l'Etre se créant, lui-même. Et nous nous sommes trouvés sans voix - momentanément! - en reconnaissant, que l'auto-création de la Source est à chaque instant, notre propre exploit, ici et maintenant. Se créer soi-même à partir de moins que rien, sans avoir la moindre idée de comment on le fait ! Sans aucune intention ou préparation possible ! Et ceci dans la cafétéria de la prison ! Précieux débordement de notre être divin ! Quelle créativité !

Stupéfiant! ! Impossible !
Du point de vue de toutes les autres personnes dans cette cafétéria, nous étions deux hommes en train de converser. Et pourtant chacun d'entre nous était consciemment Dieu, contenant consciemment la cafétéria et toutes les « autres » personnes dedans. Nous découvrions que nous étions la Source de tout cela. Et à partir de cette Source indivisible, nous explorions et savourions deux points de vue uniques sur cette salle et sur ce monde.

J. me dit que normalement il n'écrivait pas. Son article sur « la Voie de Harding » était sorti spontanément lorsqu'il s'était assis un stylo à la main. Et pourtant cet acte non prémédité avait provoqué son entrée en contact avec moi. J'avais alors envoyé son article à beaucoup de gens - plus d'un millier - et, l'avait placé en tête de la liste des articles sur notre site internet accessible à toute la communauté en ligne. Cette série d'évènements l'avait amené à toucher beaucoup de gens proches et éloignés sans qu'il le sache. Et maintenant, après tout cela, j'étais là, assis en face de lui. Nous ne savons jamais ce qui va arriver, n'est-ce pas ! Nous ne sommes pas personnellement au gouvernail.

Ou peut-être, comme le disait la sage indienne Ma Anandamayi, « Tout est bien dirigé à partir d'Ici . »

Bien dirigé, certes ! Sans que la Direction elle-même sache le moins du monde comment elle le fait.

A quatre heures et demie, les haut-parleurs annoncèrent la fin de la visite. Après un dernier échange verbal, J. et moi nous sommes levés et serré la main. Puis nous nous sommes serrés dans les bras.

Je rejoignis les autres visiteurs qui partaient. Nous nous entassâmes dans la petite pièce entre les portes coulissantes. A travers une fenêtre, nous pouvions voir les prisonniers restés seuls maintenant, dans la cafétéria, assis là attendant l'autorisation de sortir -pas par la porte que nous avions franchie mais par la porte métallique à l'autre bout de la salle. C'était une scène à vous déchirer le coeur, pour leurs femmes, leurs familles, et pour moi. Et soudain j'aperçut J. Bien qu'assis au milieu des autres, il était seul, les yeux tranquillement baissés. Je suis sûr qu'il était en train de voir Qui il est vraiment.

Moi aussi.

Je crois que nous étions tous les deux très émus par notre rencontre.

Ensuite, je suis sorti de la prison, j'ai grimpé dans le bus avec les autres visiteurs, récupéré mes clefs (le voiture à la réception, et la voiture a démarré...

J'étais libre de partir.

J. ne l'était pas.

Mais nous étions tous les deux conscients -de la liberté de notre véritable identité.

Après ma visite à J., je suis allé dans d'autres villes et d'autres pays, toujours pour donner des ateliers sur la Vision de Qui Nous Sommes Vraiment, comme je l'avais fait pendant le mois précédant, ma visite à la prison. De temps en temps, je racontais à des amis et au cours des ateliers comment, après avoir lu l'article de J., je l'avais rencontré. Il m'avait inspiré, et je le disais aux gens. Quelle dure vie avait été la sienne - et quelle dure vie était encore la sienne maintenant. Et pourtant le voici qui voit Qui il est vraiment. Qui eut pu penser qu'il verrait jamais Cela après toutes les vicissitudes de sa vie ? Qu'il découvrirait cette Liberté et cette Gloire ! Qu'il verrait qu'il n'est pas en prison - que la prison est en lui !
Je ne pense pas que J. aurait pu imaginer jamais trouver cette liberté avant de l'avoir trouvée. Mais qui le peut ? Comment peut-on jamais imaginer Cela ? On ne peut pas anticiper cette infinitude - on ne peut que La voir, ici et maintenant. Même maintenant je pense que cela doit lui sembler incroyable. Mais je suis dans le même bateau - la vision de Qui je suis me semble incroyable.

L'histoire de J. en inspire d'autres également. Je sais qu'il a touché le coeur de Douglas Harding. Au stage d'été en Angleterre cette année, Douglas, à 94 ans, a lu à haute voix tout l'article de J. - tant il en était ému. Quand, de retour en Angleterre après mes voyages à la fin de l'été, j'ai téléphoné à Douglas, il m'a demandé immédiatement comment s'était passée ma rencontre avec J. D'autres gens m'ont posé la même question. Quand je leur parle de J. et de la valeur qu'il accorde à la Vision, ils sont touchés et frappés d'étonnement et d'admiration.

Peu après mon retour à Londres, j'ai reçu une lettre de J. dont voici les deux premiers paragraphes:

« Cher Richard,

Avant tout, permettez-moi de vous dire le grand plaisir que j'ai eu à vous rencontrer ! Votre visite m'a enraciné dans la pratique de la Vision. Je sais que je suis Seul en elle, mais en même temps c'est agréable de ne pas être seul - et vous étiez là, assis en face de moi et rayonnant de la Vision ! Quelle merveille !Depuis votre visite, j'ai partagé l'expérience du doigt qui pointe avec un autre ami, et il a immédiatement « vu ». Je ne sais pas ce qu'il va en faire, mais il est certain que ça l'a éberlué. Ou plutôt que ça lui en a bouché un coin ! Je n'arrête pas de penser à ce que vous m'avez dit à propos de Dieu qui se réveille. »


Dans le livre de Douglas Harding Le Procès de L'Homme Qui Disait qu'il était Dieu, le héros est emprisonné et jugé pour blasphème, à une époque où le blasphème est un crime capital. A tous ses accusateurs, l'accusé apparaît évidemment comme un simple être humain qui prétend à tort être Dieu. Mais l'accusé fait remarquer que lorsqu'il porte son attention sur ce qu'il est pour lui-même - en tant que Première Personne du Singulier du Présent - il n'est pas un homme. Il est Dieu. Parmi les nombreux témoins appelés à témoigner contre lui il y a son gardien qui confirme au procureur qu'il a bien vu l'accusé « en prison ». Si l'accusé était vraiment Dieu comme il le prétend, alors, en convient le gardien, personne ne pourrait le contenir entre les quatre murs de sa cellule. Car Dieu est infini. Evidemment, en tant que troisième personne le prisonnier est bien enfermé dans sa cellule. Mais pour sa défense le prisonnier montre à la cour un dessin qui prouve que, en tant que Qui il est vraiment - Première Personne du Singulier du Présent - il n'est pas dans cette cellule de prison : la cellule de prison est en Lui. Comme vous pouvez le voir sur le dessin, le Prisonnier n'est pas contenu dans sa cellule - le mur le plus proche manque. De ce côté de la cellule, l'Un Infini, Transparent n'est pas en prison. lncontenable, il s'est échappé -- avant même d'être emprisonné. Cet Un - et Celui-là seul - est absolument et inconditionnellement, libre.
Mon ami en prison savoure cette Liberté inconditionnelle. Et vous ?
Je l'espère.
Désignez du doigt votre « absence de visage » et vous verrez cette Liberté. Restez présent à cette Liberté, et bénédiction sur bénédiction seront déversées sur vous par l'Un que vous êtes vraiment. Eternellement.. Inconditionnellement.

"Je voulais vérifier qu'il m'était impossible de faire un portrait de moi-même à l'intérieur de cette cellule.


N'êtes-vous pas toujours, de votre point de vue, grand ouvert à l'arrière, illimité, libre, infiniment profond et immense ?"
Le procès de homme qui disait qu'il était Dieu, Douglas Harding


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