Témoignages


Témoignage de Jean-Louis : Tout est grâce

Dire « Tout est grâce » comme fait Bernanos dans les « Mémoires d’un curé de campagne » ou « l’Abandon à la Providence » du Père de Caussade revient au même. Dans l’abandon authentique, il y a une pleine confiance dans la vie et aucune projection dans l’instant futur. Sans aucune difficulté, les choses se font dans une industrie parfaite, sans qu’on soit obligé de les manipuler. Il s’agit avant tout de s’abandonner à ce qui survient, que ce soit du plomb ou de l’or – peu importe – tout est grâce. Ce qui est donné dans l’instant est grâce, ce qui est perdu est grâce. Tout est au service de Dieu, et nous avons à accepter les heurs – bonheurs et malheurs.

Découvrir que l’on est sans tête est un cadeau de la Providence. Un certain Douglas Harding, sur une certaine planète découvre une évidence paradoxale – car pas si évidente. Un « chercheur » rencontre Douglas Harding qui lui montre la Nature de l’Esprit – cette absence de tête monumentale – cela est grâce – Cela a lieu à une époque donnée dans un lieu donné, sur une certaine galaxie, concerne certains hommes, « les chercheurs », se manifeste sur une planète lancée à toute allure dans le cosmos, un point infinitésimal des vastes univers et c’est un choc qui ébranle l’ensemble des mondes – Dieu s’apparaît à lui-même dans ces appareils biodégradables que sont les hommes. On découvre tout et rien. Pour cela, il faut rendre grâce et dire merci à la Providence qui avait bien calculé son coup.






Témoignage d'Odile : « Here I am you. »

J'ai été particulièrement touchée par l'atelier animé par Douglas le week-end des 2 et 3 décembre 2000 à Paris. Touchée en général par la densité du propos, largement épuré vers l'essentiel du message, qu'il nous est proposé de partager. Touchée plus particulièrement par l'émouvant « Here I am you » de Douglas, « Ici au Centre, Je suis toi ». Cette petite phrase de quatre mots répondait à la question d'une participante qui s'interrogeait sur la conduite à tenir maintenant, à l'aune de la vision sans tête, en face de la misère rencontrée dans la rue. Douglas a alors expliqué que Là au Centre, Je suis toi, le paumé, le SDF, et qu'à partir de Là , la réponse sur l'action à mettre en place devient évidente. C'est vrai que la vision nous donne une grande responsabilité. Mais à mon sens, il faut rester mesuré sur la culpabilité qui peut l'accompagner. Je donnerai deux raisons qui ne sont pas des alibis, mais qui peuvent nous aider à avoir l'attitude juste.

Tout d'abord, quand le cœur s'ouvre et c'est souvent le cas avec la vision, on pense à la misère, celle que l'on voit mais ce n'est pas forcément là qu'elle se tient. On peut la trouver chez l'homme riche et puissant et surtout en nous, et c'est bien celle-là qu'il faut voir et accepter, pour accepter celle de la rue ou de l'existence en général.

Ensuite sur ce que l'on doit faire, ce qui peut nous être dicté : bien souvent c'est RIEN. Ou plutôt, c'est commence par soigner ta misère, par la comprendre l'accueillir et l'accepter, voire l'aimer, pour tout ce qu'elle t'apporte finalement, directement ou indirectement.

Alors pour conclure Here I am you c'est aussi Here I am me, c'est avant tout s'accueillir, pour s'ouvrir au monde dans sa beauté, mais aussi dans la perfection de sa laideur.







Témoignage de Philippe : LA PAIX

Les événements récents aux Etats Unis, au Moyen Orient et en Afghanistan m’ont fait me poser des questions, comme probablement à beaucoup d’entre vous. Dans ce monde fou et violent que puis-je faire, moi, pour apporter un peu de paix au monde ?

Pour cela je dois comprendre l’origine de cette violence. Cette violence ne peut naître que si il y a souffrance, frustration. Les causes de ces souffrances et frustrations sont nombreuses : déséquilibres économiques, famine, oppression sociale, oppression sexuelle… Toute cette violence n’est qu’une longue chaîne de causes et d’effets dont les racines sont tellement imbriquées qu’il m’est impossible d’en saisir le fil. Celui qui est victime un jour, devient bourreau le lendemain ou le surlendemain ; et ce bourreau sera donc la prochaine victime de sa victime actuelle. Et toute nouvelle réaction violente aura pour unique conséquence d’entretenir cette chaîne. C’est terrible ! Alors je ne peux rien faire, sinon être spectateur de tout cela ? Non c’est impossible car Philippe est vivant et réagit. Tant que cette incarnation est là, les réactions seront là ! Pas d’échappatoire possible !

La solution à un problème existe rarement au niveau où le problème est posé. Je dois me placer à un autre niveau, à un autre point de vue. C’est l’occasion d’appliquer ce qui m’est montré par la Voie sans tête. Ici au centre est la Source immobile ; la paix y règne toujours, sa Nature est la Paix, sa Nature est l’ouverture et non la confrontation. Je vais donc m’y réfugier ! Non ! Philippe ne peut pas se réfugier au Centre, il est périphérique. Cette Source n’est pas un refuge. Il s’agit simplement de prendre conscience de cette Paix absolue qui est au Centre. Cette Paix absolue ne peut pas exister dans le monde, elle est la Source du monde, de la même façon que le silence ne peut pas exister dans le monde, il n’existe qu’au Centre. Il s’agit de réaliser que je suis en permanence relié à cette Paix, qu’elle est ma vraie Nature. Je n’ai pas d’autre choix que de lui faire confiance.

Quelle va alors être mon action ? Je ne sais pas, je suis prêt à tout. Cette violence, la façon dont je la perçois, ne sont que des reflets de moi-même. Je dois donc changer mon regard, avoir cette vision dans les deux directions, voir la Paix et la violence, voir la Source immobile et l’agitation permanente. Peut-être qu’en réalisant que je vis à partir de cette Paix absolue, je troublerai un peu moins la paix relative de ce monde.






Témoignage de Michelle

Tout est question de "timing". Un jour, soudain, on sent qu'il faut aller y voir et on y va.

Ce soir là de froidure, à Vertou, en mars 96, j'étais bien décidée à "saisir ma chance". Jusqu'alors, je n'avais pas prêté attention aux évocations de cette nouveauté sur le marché spirituel qui était Douglas Harding. Depuis de nombreuses années déjà, je ne recherchais plus l'accumulation de rencontres bouleversantes. Cela faisait presque vingt ans que j'avais une démarche tibétaine, et j'estimais avoir tout reçu de l'extérieur, l'essentiel (et le plus difficile bien sûr) restant à faire à l'intérieur, dans une relative solitude. Toute nouvelle proposition était donc plutôt vécue comme une tentation, une distraction...

Ceci dit, ma vie de travail à l'ouest, dans un environnement peu porteur et sans grand contact avec la Tradition desséchait un tant soi peu, ma soif spirituelle. Même si, les années passant, je m'émerveillais de toujours "garder le cap". C'était une gageure et ça me plaisait de constater la constance de la direction malgré l'inconstance de la pratique.

Je suis venue vers Alain Bayod, ce soir là non pour des promesses supplémentaires mais pour une transformation immédiate et radicale. Je suis une pragmatique - les mots me fatiguent... fussent ils merveilleux, on peut s'en gargariser sans jamais rien changer. L'Asie m'avait prouvé qu'on peut trouver chez des êtres (les lamas tibétains en l'occurrence) une totale adéquation entre les mots et les êtres, et c'était un grand pas.

Mais je venais pour l'expérience. Je piaffais d'impatience tandis qu'Alain prenait tout son temps pour piquer au vif la curiosité de chacun. Cette fois, me disais-je, je ne passerai pas à côté. Moi, je suis prête, prête à tout, prête à tout perdre ... prête à tout gagner". ENFIN, enfin, les "tubes"...

Une peur, soudain. Comme un quitte ou double. Le doute aussi; et le mental qui cherche à s'affoler... Et puis, c'est la PERCEE, L'EXPERIENCE à couper le souffle.

ENFIN, JE SUIS TRAVERSEE.

L'image du trou dans la serrure. Reste de moi, un vague contour linéaire. Evanouie cette poche de peau translucide qui toujours m'enveloppait en méditation, séparant "mon" vide du grand vide. Une différence quasi imperceptible, qui pourtant changeait TOUT. Un souffle s'engouffrait au travers de "moi", ça se laissait traverser, ça respirait autrement, quel espace ! quelle LIBERTE !

Un dégagement de joie : de la reconnaissance à l'égard d'Alain et en même temps, la conscience que cette grâce, alors, chacun ne la partageait pas. On n'est pas tous prêts ensemble. Les outils sont innombrables et variés et chacun utilise ceux qui lui sont le plus appropriés au moment opportun.

Mais, merci à Douglas, d'avoir fabriqué celui-là !






Témoignage de Franck : Qui a dit ego?

Lors d’une rencontre avec Stephen Jourdain à Paris, celui-ci a eu l’occasion d’insister sur un point fondamental qui fait l’objet d’une confusion extrême dans le domaine de la spiritualité, spécialement pour ceux - dont je fais partie…- qui se sont nourris des enseignements de l’Orient hindouiste et/ou bouddhiste. Je veux bien sûr parler du problème de l’égo.

A en croire ces courants religieux et philosophiques, l’égo incarne le mal absolu dont il faut se débarrasser au plus vite pour accéder à … - à quoi au juste ! ?

C’est là où le bât blesse et, cruellement, nous fait tourner en rond. Mes années de soignant en psychiatrie m’ont appris ce qu’est le moi déstructuré, souffrant de névrose ou de psychose. Sans aller jusqu’aux lourdes pathologies, le déséquilibre psycho-physique, rendant le quotidien impossible, est rarement un facteur d’épanouissement spirituel. Je crois que le problème est très mal abordé.

Tout d’abord, pourquoi parler « d’égo » ? Pourquoi d’emblée annoncer la couleur négative de notre moi ? Car il s’agit simplement de cela, l’égo est synonyme d’inflation du « moi », de ses attributs si souvent décriés de notre personnalité humaine si importante. Rejeter l’égo, c’est rejeter ces attributs impermanents. Au lieu de faire œuvre de « nettoyage », nous balançons rageusement le bébé et l’eau du bain. Erreur et lourdes conséquences.

S. Jourdain propose une formule-choc :
moi = MOI = Valeur infinie
Ces mots expriment ce que Douglas nous montre si directement et si clairement :
je suis = JE SUIS = Valeur infinie

Taper sur l’égo est une erreur stratégique majeure car nous tapons sur notre impermanence humaine au lieu de rentrer dans notre demeure divine. Ce que nous n’acceptons pas, ce sont nos excès et nos travers humains de « little one ». Cela, nous pouvons l’améliorer par un devoir d’éthique et de vigilance. Respecter notre axe vertical ou nous avachir, mais ne confondons pas : il n’est nul besoin de nous alourdir de cet « ego » et d’ajouter à la 3ème personne d’autres vêtements. La source est là, ici et maintenant. Moi, en tant qu’individu imparfait est là, ici et maintenant et les deux (ah ! dualité quand tu nous tiens…) sont fondamentales.

Attention à ce piège pervers. Pour conclure, j’ajouterai au autre point important : « être » n’est pas un verbe d’état, une chose posée là une fois pour toutes. Dans l’exercice de la carte, lorsque nous revêtons l’infini et que les limites s’effacent, notre humanité consciente n’est pas figée et à ce moment, nous sommes (vous, toi, moi entant qu’individu) là, bien présents et c’est magique. Notre source n’est pas figée, elle est perpétuellement jaillissement. Ce n’est pas une fontaine pétrifiée … ni pétrifiante.

Merci à Douglas. Merci à Stephen.






Témoignage de Michelle Le Dimna

Il m'aura fallu quelque temps pour noter l'enchaînement inconstanciel qui m'aura menée réceptive à Douglas, et l'écriture, ici même, participe de ce déchiffrage et de cette mise au clair.

Juillet 96 avec des séjours chez les tibétains, m'avait vue agitée de colères et de frustrations. Je ne retrouvais plus ce grand souffle porteur. Lama Yeshé (mort en 84) mon inspirateur-aspirateur, était immense; il était la liberté même, fantasque, provocateur et anti-conformiste. Il allait droit à l'essentiel. Il rayonnait d'amour inconditionnel et possédait une formidable énergie communicative.

Or, les structures me renvoyaient frilosité, parti-pris, formalisme... je souffrais. J'avais un formidable sentiment de perte, l'impression, 12 ans après que le lama mourait une seconde fois. J'étais en deuil. Une infection rebelle et impressionnante des yeux venait marquer la nécessité d'une purification du regard ! Quand je suis arrivée, deux semaines plus tard à Ardenne, tout était neuf, l'espace, le lieu, les gens, les mots... et moi-même, terre fraîchement labourée offerte... Ni peur, ni attente, juste l'envie profonde d'être là, une envie d'essentiel.

L'efficacité d'une proposition tient autant au terrain qu'à la graine. Et cette proposition si simple, évidente et facile de Douglas ne pourra être acceptée que par qui aspire, à ce moment précis de la rencontre, à cette simplicité. Or, le mental, on le sait, est avide de propositions obscures et tordues qui enflamment l'imagination; il a une telle habitude de s'en gaver qu'il acceptera mal un sevrage brutal. D'autre part, je crois qu'on ne peut se perdre que dans la mesure où l'on s'est déjà trouvé, car la notion de vide fait trop peur à qui n'est pas très sûr de son ancrage et de son incarnation.

Avant la déconstruction, il faut qu'il y ait construction, aussi paradoxal que cela puisse paraître. Là, cela rejoint tout à fait, me semble-t-il, l'une des idées maîtresses d'Arnaud Desjardins à savoir qu'on ne peut passer de l'anormal au supranormal sans passer par le normal. Toutes les étapes sont nécessaires sur le chemin. Pas de panacée universelle. Chacun cueille ce qu'il peut cueillir, dans l'instant. L'histoire du moine de Tokyo relatée par Alain est à cet égard on ne peut plus parlante. Ah ! les traversées de désert et le goût de l'eau après ! Et la graine dans un terrain magnifiquement préparée, sous le regard d'un jardinier attentif !

Avec Douglas, je n'ai pas tourné la page tibétaine, j'en ai re-mesuré la valeur, j'ai tout retrouvé de ce "message des tibétains" (en moi se disaient les équivalences). Je sais combien Lama Yeshé se serait réjoui des propositions de Douglas, lui qui, toujours recherchait des solutions pragmatiques pour nous aider à découvrir la saveur de l'essentiel "get the taste" disait-il et tout sera plus aisé (et c'est bien là, la magie de Douglas que de donner à goûter...). Il voulait d'une pratique à l'occidentale, adaptée, appropriée, épurée de tout l'exotisme culturel tibétain, du "tibétan trip". il était donc normal qu'en moi, Douglas rencontre Lama et quand j'apprends qu'en avril, il vient pour deux jours à Lavaux, dans le centre justement créé par Lama, je me réjouis et j'accours... et tout est vraiment bien à sa place.






Témoignage de Maryse

J'ai rencontré Douglas et Catherine à Ardenne, pour la première fois en 1996. Cette première rencontre avec la Vision Sans Tête ne fut pas pour moi une révélation, une grande découverte qui a changé ma vie de façon subite, ni extraordinaire. J'ai vu, oui, qu'ici il n'y avait rien, sans attribuer à cette vision une grande importance, ni une grande valeur à mes yeux. Et aussi, sans la pratiquer de façon assidue, au quotidien.

Et pourtant j'ai eu envie d'y revenir : un autre week-end, un autre, un stage au Taillé en 1998. Je revenais enthousiaste de ces week-ends, avec la ferme intention de pratiquer, et puis cet enthousiasme retombait…

Jusqu'à ce que je me sente vraiment touchée, dans le cœur – avec une nouvelle compréhension – non pas intellectuelle – bien plus profonde. Jusqu'à ce que je réalise l'importance de cette pratique, au quotidien – et cela s'est passé au cours d'une longue marche, en solitaire. Pendant cette marche, cette Vision m'a prise, sans que j'aie à faire des efforts pour cela : les paysages, les arbres qui dansent, la conscience d'être espace d'accueil pour le monde, pour les gens que je rencontre…

Depuis ce temps, je me délecte de cette vision de plus en plus souvent – un état naturel, dans la détente, l'ouverture, la disponibilité. Avec, bien sûr, des périodes d'endormissement. A ces moments là, c'est la souffrance de l'exil - avec des tensions dans le corps, dans le cœur, dans l'esprit - qui me réveille. J'avais oublié !

Ce que je peux dire maintenant, c'est que je découvre avec de plus en plus d'intensité, de profondeur, ce Nouveau Monde, ses merveilles, dans toutes les activités, au quotidien. Là oui, maintenant, je reconnais combien cette Vision m'est précieuse. Et je ressens, dans le cœur, une immense gratitude pour Douglas. Il m'a permis de découvrir ce que je cherchais, intuitivement, sans le savoir vraiment, depuis tant d'années !

Merci Douglas.






Témoignage d'Anne : clin d'oeil


J'ai toujours été attirée par... les fenêtres !


Toute ma vie, au cours de mes multiples déménagements et de mes voyages, il y avait inscrit en filigrane le désir de peindre, de photographier ces vues innombrables qui jalonnaient mon parcours, mes lieux de vie que j'apercevais par des « fenêtres» d'hôtels, de maisons diverses, cahutes, trous de nature, lucarnes... Ouvertures de toutes formes et en tous lieux. Appel à la contemplation, à la délectation.. Petit clin d'oeil, message de ma nature essentielle, attirance à regarder, invitation codée à VOIR.


Ce paysage du monde était juste à quelque distance de moi, quelques mètres de vide qui me portaient vers l'avant, délayant la saveur de ce que j'apercevais. Juste cette distance dans laquelle je m'exilais de moi-même et me diluais, lieu d'un vide non-habité.


Aujourd'hui j'ai réalisé que la fenêtre, c'était moi : les contours infinis de mon oeil unique. Que la distance qui m'en séparait était comparable à celle qui sépare ma petite personne de ma nature essentielle, à ce petit voyage qui ramène le monde dans la conscience d'être, le rend Vivant par ce que je suis dans ma nature essentielle. C'est ce petit fragment de chemin qui me relie à la source, l'Unique d' « où » je Vis vraiment.


Fini le manque (grâce à la pratique bien sûr) dans ce trajet où je me projetais pour voir là­ bas ce qui est ici, maintenant, vivant et plein d'une saveur incomparable.


Merci la VOIE. Merci la VIE.


Anne

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