À propos du Dzogchen

par Philippe Fabri

Loin d’être un spécialiste du Dzogchen, j’écris cet article dans le seul but de partager avec vous ce que j’ai découvert du Dzogchen au travers de la lecture de deux livres : « La liberté naturelle de l’esprit » de Longchenpa et « Les Sutras du cœur » parus tous les deux aux Editions du Seuil, Coll. Inédit Sagesses

J’ai été touché par la similitude entre la voie de la Vision Sans Tête et le Dzogchen qui est dans le bouddhisme le « Neuvième Véhicule au-delà des causes et des effets » ou la Voie de l’auto-libération. Il faut noter que Douglas Harding ne connaissait pas le Dzogchen lorsqu’il a mis au point les exercices permettant un accès direct à notre véritable nature.

Le Dzogchen parle de la vue – la vue de la base primordiale –, de la méditation, – les moyens pour stabiliser la vue – et du fruit – l’état dans lequel la vue est stabilisée. Je citerai uniquement des passages de la « La liberté naturelle de l’esprit » qui dans cette édition est largement commentée par Philippe Cornu.

La vue

Dans ce texte écrit au XIVe siècle, Longchenpa connaissait bien avant que la science ne l’ait démontré que la matière n’est qu’une vue de l’esprit, ce que Douglas Harding appelle peler l’oignon.

« Quelle plaisanterie que ces perceptions diverses !
Quand vous ne les examinez pas, elles semblent plaisantes,
Quand vous les examinez, elles n’ont pas d’identité !
Examinez-les complètement et elles transcenderont les limites de l’existence.

Regardez donc du côté de cet esprit qui discerne leur existence :
Inconcevable dans les trois temps, sans naissance ni cessation, sans localisation,
Il n’a ni couleur ni forme, son essence n’est pas identifiable.
Quand elles semblent émerger, (les perceptions) n’ont ni terrain d’émergence, ni producteur.
Inconcevables à l’extérieur comme à l’intérieur, au-delà des limites du sujet et de l’objet,
Elles semblent vraiment jaillir sous forme d’objets extérieurs
Mais il n’y a pas d’extériorisation, seulement leur émergence dans l’esprit.
Au moment même où elles jaillissent, votre propre stupidité
Pousse votre conscience discernante à les dualiser instantanément.
Non duelle, leur émergence est comme un reflet dans un miroir.
Ultimement indivises, elles sont comme les vagues et l’eau. »
(p. 266)

Lorsque la vue est réalisée, l’auteur s’émerveille.

« Quelle splendeur, ces manifestations lumineuses !
Quelle beauté parfaite, ces apparences ! (...)
Quelle vaste sphère, cette essence qui pénètre tout !
Quelle dilatation, cette nature qui embrasse tout !
Quel développement, cette compassion source de toutes choses ! (...)
Quelle merveille, ce vide source de tout !
Quelle continuité, cette présence sans qu’on la recherche ! (...)
Qu’elle est vertigineuse, cette manifestation de la base en monde phénoménal !
Qu’elle est vaste, cette liberté naturelle sans effort !
Qu’elle est savante, cette grande réalisation de toujours ! (...)
Quelle égalité, cette pureté absolue du monde phénoménal !
Quel bel arrangement, cette luminosité née d’elle-même !
Quelle plénitude, cette grande manifestation de la base !
Quelle savante conjonction, ce samsâra et ce nirvâna ! »
(p. 166)

La méditation

Comment arriver à stabiliser la vue ?

« Sans naissance, dénué de la plus petite particule, sans caractéristiques et délié des vœux,
Le roi de la méditation repose en vous sans que vous le recherchiez :
Sans bouger d’un pouce d’un tel état,
Vous contemplerez la base, bien qu’on l’explique comme le sens de la réalisation,
L’esprit qui n’admet rien ni ne rejette rien
repose en vous, dénué de toute considération, étant rigpa dans son cours naturel,
Et vous conquerrez ainsi la citadelle royale du Corps absolu sans attachements. »
(p. 316)

Qui donc médite ?

« Dans l’éveil qui est la nature de l’espace,
l’esprit d’éveil est l’essence même de l’espace.
Où se trouve donc celui qui parcourt la voie de l’éveil ? »
(p. 309)

Certains écueils sont à éviter…

« La saisie intellectuelle produit déviations et obscurcissements.
Là où il n’y a pas de substance, progresser est une déviation. »
(p. 309)
« Puisque les circonstances de la voie sont dispensatrices de progrès,
Il n’y a rien à accepter ni à rejeter des activités illusoires.
Afin d’intégrer les circonstances négatives dans la voie et de mêler méditation et après-méditation,
Allez dans les lieux distrayants pour l’esprit,
Tels que sommets de montagnes, charniers, îles, marchés, etc.,
Exprimez votre corps en dansant, votre parole en chantant, et laissez votre esprit produire toute sorte de pensées.
En un instant, tout se libérera naturellement en s’intégrant dans l’état de la vue et de la méditation.
Par la suite, toutes choses s’intégreront dans la voie,
Mais en attendant, faites les pratiques dévotionnelles. »
(p. 221)

Le fruit

« Dans l’esprit même, dont la pure nature est incréée,
Vous contemplerez le sens, libre de tout effort d’accomplissement, qui n’est pas à produire.
Alors, vous vous laisserez aller naturellement dans la liberté originelle de son cours naturel, et, quand vous en atteindrez la complète réalisation,
La présence spontanée originelle se manifestera concrètement. »
(p. 332)


par Philippe Fabri


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