Le Vide et la Forme

par Gérard Nannini

Quelle que soit la perspective que j’adopte pour observer l’être humain ou tout autre objet, le “zoom” avant ou arrière aboutit à un POTENTIEL D'ÉNERGIE : un "VIDE", en apparence.

Quand je regarde vers l’extérieur ou l’intérieur de moi même, Je ne VOIS en fait aucune différence aux extrêmes de ces deux réalités, intérieure ou extérieure.
Le VIDE caché au coeur de mes cellules, à la frontière ultime des éléments dont je suis construit : organes, cellules, molécules, atomes, particules, quanta, etc.... ), est-il différent du VIDE au sein de l’univers, à la frontière ultime des éléments dont je dépends et sans lesquels mon existence serait aussi impossible : ma planète, le système solaire, la voie lactée, les milliards d’autres galaxies, ... atomes, particules, quanta, etc.....) ?

Le VIDE illimité où mon regard plonge là où précisément je ne vois pas ma tête, COÏNCIDE avec le VIDE “sub-quantique”, qu’explorent les scientifiques aux frontières de l’infiniment petit comme de l’infiniment grand. Autrement dit, la réalité que je découvre au coeur de moi même se révèle aussi être la même que celle qui se cache au coeur du monde, derrière toutes les apparences sans exception.
Je vois que cette Vacuité est comme la trame, (la matrice, le substrat, le médium, le tissu, la substance ou le mot qu'on veut bien y coller !) de tout ce que l’homme est capable de voir à travers ses instruments scientifiques les plus sophistiqués et son système de pensée. Ce Vide est à la fois l’essence et la substance de toutes les formes de la réalité.
Pour reprendre une métaphore bien connue, ce Vide est comme “l’eau” sans laquelle ni la goutte ni les vagues ni l’océan ne pourraient exister.

Le vide universel rejoint ainsi ma vacuité centrale, dans mon “absence de tête”. Et quand j’observe le monde, j’observe en fait CE que je suis vraiment : un VIDE qui contemple le VIDE rempli de tout, parce que, de mon côté, ce VIDE est tout simplement conscient et que sans cette simple Conscience « d’être là » il ne pourrait se connaître ! Ce profond sentiment d’existence indifférenciée nous caractérise tous et nous l’exprimons par « je suis. (un point c’est tout ! )»

Ce VIDE est tout ce qui est et tout est vacuité. Et ce qui le caractérise à mes yeux c’est qu’il est CONCIENT de lui même, c’est la Conscience même avant toute manifestation. Je ne peux ainsi m’empêcher de faire le rapprochement avec le principe même de l’enseignement des grands Sages de l’Inde de la lignée Nisargadatta Maharaj, Ramesh Balsékar, et bien d’autres : "la Conscience est tout ce qui est et tout ce qui est est conscience". Elle est à la fois le ‘corpus’ et l’animus’, le créateur et ses créations. C’est en quelque sorte la VIE elle même AVANT que celle ci ne S'AUTO-ACTIVE en entrant en existence. Car sa nature, comme tout potentiel, est de S'AUTO-CRÉER.

Ce « RIEN » conscient précède ainsi toutes les interprétations que peut en faire notre cerveau. Ce dernier « décode » en quelque sorte cette Réalité primordiale et universelle et en fait "notre expérience subjective' ; c’est notre représentation mentale du monde avec notre système de pensées et toutes les croyances que nous entretenons à propos de notre environnement, des comportements que nous y avons, des capacités que nous devons développer, des croyances elles mêmes qui les soutiennent et finalement à propos de nous même, de notre identité (ce que nous CROYONS être).
L’expérience subjective fait partie de notre réalité humaine, personnelle et spécifique. C’est en général cette réalité là qui prime et qui recouvre la première (l’universelle) au point de nous faire ‘oublier’ qui ou quoi nous sommes vraiment. C’est notre pensée qui crée de toutes pièces ce ‘moi’ qui va usurper la paternité de notre véritable identité.

Ces deux réalités sont pour moi en fait indissociables:
Contrairement aux apparences et de toute évidence, la première est RÉELLE dans la mesure où elle reste la même hier, aujourd’hui et demain, et la deuxième est IRRÉELLE car sa nature est essentiellement changeante, complètement dépendante du contexte spatial, temporel et génétique, notamment. C’est cette dépendance qui l’enferme dans un inévitable conditionnement . Et celui ci est fonction de facteurs filtrants psychologiques personnels, sociaux, culturels et génétiques. Cette absence d’indépendance, d’existence en soi, confère à cette réalité secondaire son caractère illusoire fondamental.
Quoiqu’il en soit, Le RÉEL reste cependant à la fois l’essence et le substrat de L’IRREALITÉ.

Pour donner forme à ce Vide, nous lui attribuons toutes sortes de noms: Conscience sans contenu, Potentiel infini, CE-que-nous-sommes-vraiment, Totalité, Vacuité, Rien, le 0, Dieu…etc….
C'est selon notre conditionnement bien sûr !
Le langage nous limite à exprimer cet inexprimable car par sa seule structure il induit une relation sujet-objet, LÀ Où il n’y a justement aucune distance entre CE qui observe et ce qui est observé. LÀ Où il n’ y a qu’observation sans sujet ni objet. LÀ Où il n’y a que CE QUI EST.

« la Vérité s’évanouit à son énoncé » (Lawrence Durrell, écrivain britannique du siècle dernier). Pour tenter d’appréhender ce qu’est vraiment ce …. GRAND VIDE que l’on affuble de tous les noms..., il me paraît ainsi nécessaire d’en faire, avant tout, soi même l’expérience directe . Pour moi, l’exercice de la Vision Sans Tête a été déterminante.
Je ne peux qu’affirmer ma prope expérience :
CE « VIDE » SEMBLE ÊTRE À LA FOIS L’ESSENCE ET LA SUBSTANCE DE TOUTES CHOSES. Ce n’est pas de l’énergie, mais un POTENTIEL, créateur d’énergie. C’est CE d’Où tout jaillit, et c’est à mon avis tout ce que l’on peut en dire.
Tout le reste, quelle qu’en soit la FORME, n’est que variations sur le même thème, et ne fait que pointer vers ce VIDE.


par Gérard Nannini


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