Le Christ est en vous

textes extraits du
Procès de l'homme qui disait qu'il était Dieu
(pp. 207 et 366)

Dans ce livre, Douglas imagine un homme, John a-Noke, accusé de blasphème, pour avoir affirmé son identité avec Dieu. Douglas raconte comment cet homme se défend devant la cour et devant les témoins qui l'accusent. Voici quelques extraits dans lesquels John a-Noke parle du Christ en lui.

John a-Noke (alias Douglas Harding):

"Je crois que la vision la plus noble et la plus vraie, la plus profonde et la plus audacieuse, est celle qui nous révèle que la Puissance qui régit l'univers n'est autre que l'Amour-don de soi. Que C'est Celui dont la compassion est telle qu'il assume toute la joie, la brillance et l'incroyable richesse de Son monde, en même temps qu'il prend sur Lui toutes ses larmes. ses souffrances, ses ténèbres, sa culpabilité. Ainsi lui redonne-t-il la joie inaltérable, la paix qui ne saurait être gagnée autrement ni à moindres frais. Non que je puisse en établir la preuve formelle. Aucun argument, si pénétrant ou éloquent soit-il, ne peut convaincre qui que ce soit de l'Incarnation. En tant que dogme, cela peut sembler complètement absurde, impossible à démontrer.
Non, la seule preuve que l'on puisse en avoir, c'est dans la vision, le vécu de ce mystère, en étant totalement, intimement impliqué dans le processus du salut. En devenant le Christ. Car il n'y a pas d'autre moyen.


St. Paul était tout simplement réaliste lorsqu'il s'écriait : «Pas moi, mais le Christ qui vit en moi ! » Paul était dehors, Christ était dedans, ce qui annulait le blasphème. Rien ne pourrait être moins anti-Christ ni plus pro-Christ. L'apôtre avait sa manière de le dire. Moi, j'ai ma façon de le dessiner, comme vous allez le voir sur le schéma .

Lorsque j'ai vu que cette troisième personne, là-bas dans le miroir, est le vieil homme centré-sur-lui-même, ou Adam, et la Première Personne ici, en face de lui, l'homme nouveau centré-sur-Dieu, ou le Christ, les paroles de St. Paul (si usées et rebattues) sont soudain redevenues vivantes, elles m'éblouissent, me bouleversent :


« Comme tous meurent en Adam, en Christ tous (tous !) recevront la vie. »

« Le premier homme tiré de la terre est terrestre. Le second homme, lui, vient du ciel. »

« (Ce corps-là) a été semé méprisable. Celui-ci ressuscite éclatant de gloire. (Ce corps-là) a été semé dans la faiblesse, celui-ci ressuscite plein de force. (Ce corps-là) a été semé animal, celui-ci ressuscite corps spirituel. »

« Revêtez le Seigneur Jésus Christ. »

« Si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature, car en lui habite toute la plénitude de la divinité, corporellement. Et vous vous trouvez pleinement comblés en lui. »

« Ne vous connaissez-vous pas vous-mêmes ? Ne reconnaissez-vous pas que jésus Christ est en vous ? »

C'est lorsque ma vision et mon vécu démentent ces paroles de St. Paul que je suis anti-Christ. Lorsqu'ils les proclament, je ne suis pas seulement pro-Christ, je suis totalement en lui, je deviens Christ.
«La Bonté Infinie a les bras si grands ouverts» dit Dante. «qu'elle accueille tout ce qui se présente à elle». J'ai le choix : Vais-je embrasser le petit monde de ce petit homme, ou le monde immense de Celui qui est Immense ? Comment ne pas voir que je suis incarné dans Celui Qui est ici, les bras grands ouverts, et non pas dans celui qui est là-bas, avec ses tout petits bras ? N'ai-je pas été complètement renversé par Lui et en tant que Lui (jambes par-dessus absence-de-tête) ?

Jung dit quelque par que l'Eglise est la gardienne de mystères qu'elle ne comprend pas. Je ne prétends pas les comprendre moi-même non plus. La compréhension, d'ailleurs, est le prix qu'on décerne au dernier de la classe. Leur signification est inépuisable, Dieu soit loué.! Mais ce que je découvre, c'est que je n'ai qu'à Regarder pour voir que ces doctrines de base sont parfaitement cohérentes.


En ce moment-même, il me suffit de regarder pour voir. Je n'ai pas besoin de prononcer un seul article de foi, encore moins de souscrire à toutes sortes de boniments et fariboles pour avoir le bénéfice des mystères sous-jacents. Désormais, leur merveilleux pouvoir thérapeutique agit librement, sans être entravé par les doutes superficiels ni par la gêne profonde que je ressens si je m'illusionne dans le seuil but d'obtenir la guérison physique, mentale et spirituelle. Le véritable remède ne doit pas être acheté au prix d'un raisonnement où l'on s'accommode sans vergogne de contradictions flagrantes, ni au prix d'aucun compromis ni d'aucune sorte de charlatanisme. Il ne doit pas être payé du tout. Il est gratuit pour ceux qui sont assez éveillés pour voir.


A propos de ces grands mystères qui sont à voir et à vivre plutôt qu'à comprendre, je n'hésite pas à dire avec Coventry:

«Le seul secret, le plus grand de tous, c'est la doctrine de l'Incarnation considérée non pas comme un événement historique qui s'est produit il y a deux mille ans, mais comme un événement qui se renouvelle dans le corps de tout individu qui est sur la voie de l'accomplissement de sa destinée originelle.",

Et plus hardiment encore avec Maître Eckhart :

«Les gens croient que Dieu est devenu un être humain seulement là-bas, lors de Son Incarnation historique, mais ce n'est pas vrai. Car Dieu est ici, en ce lieu-même, tout aussi incarné que dans un être humain il y a des siècles. Et voilà pourquoi Il est devenu un être humain : pour pouvoir vous donner naissance à vous qui n'êtes rien moins que Son Fils unique"





John a-Noke (alias Douglas Harding):

"Savez-vous que St. Athanasius a dit : «Dieu est devenu homme pour que l'homme puisse devenir Dieu. » Et que pendant des siècles les Chrétiens l'ont considéré comme la plus grande autorité sur le sujet de la déification - terme que les Pères de l'Eglise utilisaient librement ?


Mesdames et Messieurs les jurés, je crois comprendre pourquoi le Témoin s'imagine que je n'ai que faire de Dieu incarné en Jésus Christ, de Dieu le Fils descendu dans ce monde il y a deux mille ans. C'est de ma faute. Avant ce Procès, je me suis rarement référé à lui en public. Mais ce n'est pas parce qu'il me laisse froid, bien au contraire. Comment pourrais-je jamais oublier ce jeune homme en larmes dans le jardin ? Rien ne m'a jamais plus ému depuis l'enfance que l'histoire du "Très Haut" qui est descendu sur terre par amour et miséricorde, qui est né dans cet endroit très spécial a vécu cette vie très spéciale et est mort de cette mort très spéciale. Loin de le mépriser, comme l'a dit le Témoin, je le trouve parfaitement adorable. Je n'avais pas l'intention d'infliger à la Cour mes pensées et sentiments les plus profonds à ce sujet (mes larmes aussi, je le crains), mais elle ne m'a pas laissé le choix. Ce sera à vous de décider s'ils ont quoi que ce soit de blasphématoire, ou (comme je le crois) tout le contraire.


Heureusement, pour essayer de vous faire partager mon expérience du Christ, j'ai le grand avantage d'avoir trois medias à ma disposition : l'un verbal, et deux non verbaux. Outre les mots, il y a l'expérience courte mais cruciale que je vous demanderai de faire sous peu, et il y a notre Schéma . Veuillez vous y reporter dès maintenant, et le garder sous les yeux jusqu'à ce que j'aie fini de répondre à ce Témoin.
Ici, nous avons une idée de la manière dont jésus s'est vu lui-même sur la Croix, à l'envers et faisant face à toute la création. Une esquisse clé ce qu'il était en tant que Première Personne le jour où il est arrivé au Bout du Monde et au Fond de l'Enfer dans tous les sens du terme, le jour où il est descendu jusqu'au fin fond de la cave du grand univers de son Père.


Il y avait sa mère, Marie, et ces soldats dont les regards étaient non pas levés vers lui, mais abaissés sur lui. Regardez le croquis attentivement et vous verrez pourquoi je dis : abaissés. Et son regard à lui n'était pas abaissé, mais élevé vers eux, et vers ces jambes raccourcies et ces pieds si petits, percés de clous. Et il voyait ces bras immenses, grands ouverts, étreignant le monde pour lequel il était en train de mourir, et ces toutes petites mains, percées de clous qui, de chaque côté, allaient jusqu'au-delà de l'horizon.

Je ne parlerai pas de la souffrance, mais de ce suprême exemple du renversement de valeurs que nous venons de remarquer. Mesdames et Messieurs les jurés, regardez simplement ceci. Voyez ce que l'homme a fait à Dieu sous le coup de la haine, et ce que Dieu a fait pour l'homme par amour. Que la Puissance et la Gloire derrière l'univers puissent être ce genre de Puissance et ce genre de Gloire qui transmuent le pire en le meilleur - vous pourriez être tentés de dire que c'est si beau et si bon que cela doit être vrai. Ou si l'on pose la question : quel genre d'univers est-ce ? Vous pourriez répondre avec moi : c'est celui qui produit cette idée-là de Dieu, une idée qui a façonné deux mille ans de l'histoire humaine ! Oui, c'est cette sorte d'univers-là. La sorte d'univers qui produit, quand les temps sont venus, ce qu'il avait dans sa manche depuis toujours. J'irai encore beaucoup plus loin et dirai de notre vie, que toute vie est faite sur le modèle du Golgotha. La crucifixion de la Première Personne est inhérente à notre nature. C'est le prix que nous devons payer pour un monde. Le monde ne peut pas exister à moindres frais. Oh oui ! La souffrance et la cruelle humiliation sont là, à tout jamais. On ne nous laissera pas l'oublier longtemps. Mais c'est aussi à tout jamais que rayonne l'amour alchimique de Dieu, qui transmue ce plomb empoisonné en or de vingt-deux carats. Quel renversement de valeurs radical, et comme Il le paie cher. (...)

Je soutiens que, de fait, le même schéma est valable pour Jésus Christ en tant que Première Personne sur la croix et pour moi en tant que Première Personne à chaque instant. Et je m'empresse d'ajouter : pour tous les êtres humains. Aucun d'entre eux - ni le plus mauvais, ni le plus stupide, ni le moins chrétien - n'est différent selon sa propre expérience de lui-même. Evidemment ! Comment pourrait-il en être autrement ?Tous, tant qu'ils sont, vivent le drame du Calvaire dans leur corps (je répète : dans leur corps). C'est avec tous et en tant que tous que Jésus Christ pouvait souffrir et mourir pour tous. Il n'était pas question de souffrir et mourir pour des êtres étrangers. St. Paul a toutes les raisons d'affirmer que nous portons tous dans notre corps le Seigneur Jésus vivant et mourant.

Au sens le plus profond, il n'y a qu'une seule Première Personne la Première Personne du Singulier ; un seul Fils de Dieu, Son Fils unique, éternel, non-créé, incompréhensible, né avant le monde. « Toute l'humanité est un seul homme en Christ», a dit saint-Augustin. Mais ceci ne veut pas dire qu'à un autre niveau et dans un autre sens il n'y ait pas autant de Premières Personnes que de troisièmes personnes. Chaque troisième personne est équipée de son aspect de Première Personne, et vice versa. De sorte que Dieu a un nombre infini de Fils et de Filles. Ecoutez ce passage incomparable du Quatrième Evangile :
« [...] Le Verbe était la vraie lumière qui, en venant dans le monde, illumine tout homme. Il était dans le monde, et le Monde fut par lui, et le monde ne l'a pas reconnu... Mais à ceux qui l'ont reçu, il a donné le pouvoir de devenir les fils de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d'un vouloir de chair, ni d'un vouloir d'homme, mais de Dieu.»

Veuillez regarder notre Schéma. Ces petites troisièmes personnes debouts, pourvues d'une tête, d'épaules étroites et de petits bras, sont toutes nées et vont toutes mourir. Cette grande Première Personne qui est à l'envers, sans tête, avec de larges épaules et des bras immenses n'est jamais née et ne mourra jamais. En termes crus, sa taille et sa forme sont tellement hors normes qu'aucune sage-femme ni aucun entrepreneur de pompes funèbres ne pourraient la manipuler. Il est le Christ Eternel, né du Père avant le monde, réellement Dieu, Lumière des Lumières, et pourtant il renaît toujours, dans toutes les créatures, en tant que Christ crucifié.

AVOCAT DE LA COURONNE
Etes-vous devenu complètement fou ? Voulez-vous dire sérieusement que ces pauvres mains crispées sur la barre d'appui du banc des accusés sont celles du Tout-Puissant ? Que ces membres malingres sont les bras éternels de l'Unique Eternel ? Puis-je vous rappeler que ce tribunal a le pouvoir de les immobiliser pour toujours ?

John a-Noke (alias Douglas Harding):

Ils appartiennent au Dieu Incarné, à coup sûr. Mais comme vous l'avez dit, ils ne sont pas éternels. Je me représente mon Seigneur Christ comme l'Arbre de Vie. Son feuillage et ses branches, exposés aux fortes gelées du temps, sont caduques. Elles meurent régulièrement à l'hiver du Calvaire et renaissent au printemps de Bethléem, mais le Tronc et la Racine sont éternels, toujours les mêmes, hier, aujourd'hui et à jamais. Ces bras que je tends vers vous a présent sont vraiment les siens - pour le moment. Comment puis-je en être si sûr ? Parce que je vois d'où ils sortent, et ce qu'ils font. Ils sortent du Vide, de l'Absence de choses. Et, détachés, ils font des choses extraordinaires, comme conduire le monde. Ils proviennent de cet Espace immense qui remplace ici ma tête, ils sont issus de mon véritable Moi qui est le Soi éternel en Qui et en tant que Qui seulement je suis a l'abri de toutes vos menaces.
«En sécurité bien que toute sécurité soit perdue, en sécurité quand les hommes tombent
Et si ces pauvres membres meurent, plus en sécurité encore.»

Ces lignes écrites par Rupert Brooke en temps de guerre sont pleines de sens. Comme ce texte de Saint Paul :
« [...] mais mon assurance restant totale, maintenant comme toujours Christ sera exalté dans mon corps, soit par ma vie, soit par ma mort. Car pour moi, vivre c'est Christ et mourir m'est un gain ...Je suis crucifié avec Christ : néanmoins je vis ; pas moi, mais Christ vit en moi.»

AVOCAT DE LA COURONNE
St. Paul, je ne cesse de vous le répéter, était très spécial. Les Chrétiens d'aujourd'hui ne parlent pas comme cela. Pour eux, Jésus Christ est simplement le Jésus Christ des Évangiles Synoptiques, et il n'est pas question de le confondre, même avec le plus saint de ses disciples.

John a-Nokes
Monsieur le Procureur du Roi, vous ne devriez pas vous aventurer impromptu sur le terrain accidenté de la christologie. Voici pour vous confondre, parmi de nombreux autres, Mère Théresa de Calcutta. Sa prière quotidienne commence ainsi
« Très cher Seigneur, faites que je puisse vous reconnaitre aujourd'hui et tous les jours dans la personne de vos malades, et tout en les soignant, vous servir. Bien que vous vous cachiez sous les apparences peu attrayantes d'êtres irritables, exigeants, insensés, faites que je puisse vous reconnaître et dire : Jésus mon patient, comme il est doux de vous servir.»

Ses paroles s'inspirent, bien sûr, de celles de son Seigneur qui disait :«En vérité je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait (nourri celui qui avait faim, vêtu celui qui était nu, visité le malade) à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait.»


AVOCAT DE LA COURONNE
Alors vous revenez maintenant sur la position (souvent developpée dans vos écrits) selon laquelle les autres grandes religions, bien que ne sachant rien (et n'ayant besoin de rien savoir) sur Jésus Christ, n'en sont pas moins des révélations de Dieu. Et qu'elles ont leurs propres avatars, ou incarnations de Dieu. On ne sait jamais où on en est avec John a-Nokes. Il est pire qu'une anguille electrique : non seulement il vous électrocute, mais il est deux fois plus glissant.

John a-Nokes
La plupart des malades en qui Thérèse voyait Jésus par la grâce étaient des Hindous ou des Musulmans par la religion. Cela ne faisait aucune différence pour elle. Il semble qu'il ne lui soit jamais venu à l'esprit de les convertir au christianisme avant d'accepter de les soigner. Et ce n'était pas non plus une ombre ou un fragment du Jésus vivant qu'elle trouvait en chacun d'eux mais son Seigneur qui est indivisible. Elle avait raison, évidemment. Le Christ éternel est la Lumière qui éclaire chacun d'entre nous. Et il est crucifié et ressuscité en chacun d'entre nous quels que soient la couleur de sa peau. l'époque où il vit, la religion qu'il professe, le langage qu'il parle et le nom qu'il donne à cette Unique Lumière. Et bien sûr l'expérience de la transformation physique que j'appelle Christification n'est en aucune manière l'apanage du Christianisme. D'autres religions ont leur version d'un Dieu incarné avec lequel on peut s'identifier. Dans le Judaïsme, il peut prendre la forme du premier homme ,Adam, dans l'islam, celle du Prophète en tant que le Logos, dans L'Hindouisme celle de Krishna, dans le Bouddhisme, celle de Bouddha.

AVOCAT DE LA COURONNE ( levant les bras au ciel)
Tant qu'a faire, pourquoi ne pas déclarer que les animaux aussi (y compris les ténias et les mouches tsé-tsé) sont Christ voyageant incognito ?

John a-Nokes
Mais je le dis, sans restriction. Surtout parce que, contrairement à la race humaine déchue et blasphématrice, ils vivent tous, sans conteste, à partir de cette Lumière Unique de Conscience, à partir de leur nature de Première Personne, et n'essaient jamais de l'éclipser avec leur troisième personne. Ils ne fabriquent pas une image d'eux-mêmes pour obstruer leur Espace, ils n'acquièrent pas un visage pour masquer leur Visage Originel. Seuls les humains sont assez stupides pour cacher leur propre Lumière en se plaçant devant. Dieu dans le Christ brille au Centre du monde de chaque animal, Son trône n'est pas usurpé. Ayant tué un crapaud,T E Brown avouait :
« Je l'ai frappé cruellement.
Alors il a été auréolé d'une lumière subtile
J'ai regardé, et c'était Lui ! »

En vérité, les humains devraient honorer ces cadets de la famille, qui vivent tous sans effort et sans se leurrer à partir de la même Clarté que les sages, à cette différence près que pour les sages c'est devenu un état conscient - après une longue lutte et maintes rechutes dans l'ignorance.
Et somme toute, ce que je dis est implicite dans l'histoire chrétienne qui commence par l'Annonciation, neuf mois avant la naissance à Bethléem. Pour prendre la forme humaine, Dieu le Fils a été obligé de passer par toute la gamme des formes animales, depuis la simple cellule dans le ventre de Marie. Quel témoignage éloquent de l'essence christique de la Nature ! L'autre interprétation serait que la grossesse de Marie fût une grossesse imaginaire, suivie au dernier moment (passez muscade !) de la chose réelle ! Un conte invraisemblable et déplaisant. Au contraire, comme elle est convaincante et poignante l'Incarnation (lui, se produisant à un niveau, se produit à tous les niveaux, de sorte qu'en fait, toute la création (comme l'a dit Paul) est adoptée et rachetée ! Oui, Sir Gérald, vos mouches tsé-tsé, vos ténias, et tout !

(Agrippant sa perruque dans un geste de desespoir, l'avocat de la Couronne rappelle le Témoin à la barre. Il lui demande si elle a entendu tout ce qui vient de se passer et ce qu'elle en pense.)

TEMOIN
Je n'en ai pas perdu un mot, et suis profondément attristée. C'est notre Seigneur jésus Christ lui-même qui a dit : «Personne ne va au Père si ce n'est par moi». Et aussi : «Je suis le chemin et la vérité et la vie.» Il n'y a qu'un seul Jésus Christ, et Lui seul est notre Sauveur.

John a-Nokes
Croyez-le ou non, une fois de plus je suis entièrement d'accord. Le fait est que la Première Personne n'est jamais au pluriel. Vous ne trouverez jamais, jamais deux Premières Personnes, encore moins une légion. Une pièce remplie de corps inversés et sans tète serait la chambre froide de Barbe Bleue. Le « je» et le «moi » que Jésus utilise dans ces deux grands textes se référent à Dieu, et non à l'homme. (Comme nous le dit Eckhart, seul Dieu peut vraiment dire « Je».) C'est en tant que la Première Personne unique et éternelle qui n'est autre que Dieu Lui-même que Jésus affirme être le Chemin et la Vérité et la Vie, et non en tant que la troisième personne, celle qu'il voyait dans son miroir, l'être humain qui n'était que l'un des nombreux enfants de Nazareth, et l'un des nombreux charpentiers de Palestine. Le plus mysterieux, le plus merveilleux, le plus salvateur en ce qui concerne le Christ qui vit en vous, ma soeur, et en moi, et en chaque personne dans cette salle, c'est qu'en chacun de nous il est unique, un, indivisible, et le même a jamais. «Christ-, dit le bien-aimé Père Jésuite Gérard W. Hughes, est ce que nous sommes appelés à devenir. » Christ et non pas des Christ.

TEMOIN
Lui seul a souffert la crucifixion pour les péchés du monde.

John a-Nokes
Certainement. Et nous tous sommes condamnés à cette même souffrance, à cette même crucifixion, à cette même expiation du péché. C'est le modèle cosmique, le plan et l'architecture de la Création. Je suis tout simplement incapable de rétrécir le Christ comme réussissent à le faire certains soi-disant chrétiens. Je ne crois pas que les stigmates de St. François et St. Pio n'étaient que des symptômes hystériques, et non une preuve de leur transmutation en Christ. Ou que la transsubstantiation du pain et du vin en chair et sang du Christ, avant qu'ils ne pénètrent dans le corps du communiant, ne soit que pieuse simagrée. Ou que le jour de la Crucifixion devrait s'appeler le Vendredi Maudit, le jour de la Défaite. Ou que Paul mentait en disant qu'il était crucifié avec le Christ. Ou que le portrait du Christ que vous avez devant vous dans cette brochure est un simple accident, un artifice de ma part, un trompe-l'œiL Ou que les Premiers Pères de l'Église se trompaient lorsqu'ils considéraient le Christ comme l'Archétype de l'Homme, de l'homme tel qu'il est dans son essence.


«Demeurant en l'un, le Verbe a demeuré en tous» écrivait St. Cyril d'Alexandrie, «de sorte que l'un ayant été consacré Fils de Dieu dans toute Sa puissance, la même dignité puisse être transmise à toute la race humaine.»

Et j'ajouterai ceci : si être un chrétien c'est voir le Christ partout, sentir Sa présence en chaque créature et être ravi par la joie et la beauté de tout cela, alors je suis un vrai chrétien, sans hésitation.


La vérité est si simple, si glorieusement évidente, pour peu que nous cessions de lui résister. Chaque créature a deux aspects : ce qu'elle est pour les autres et ce qu'elle est pour elle-même. A tous les égards, les deux sont diamétralement opposés. Le dernier (donnez-lui le nom qui vous plaît) est cruciforme. La nature inhérente de la Première Personne est de disparaître en faveur des troisièmes personnes, de donner sa vie pour le monde entier, depuis les particules jusqu'aux galaxies. Pour conduire les autres, la troisième personne doit leur tourner le dos, mais pour les sauver la Première Personne doit leur faire face, sur la croix. Non, ce n'est pas un système confortable. C'est un monde terrible. Mais Dieu merci c'est Son monde, et le secret derrière tout cela est Sa propre Crucifixion, le Calvaire éternellement reproduit en et pour chacun d'entre nous. Et le secret derrière le Calvaire est l'amour le plus formidable. L'amour éternel qui est le paradis.

Parmi mes chers amis qui, embrassant ainsi le vaste monde, se sont éveillés à Ce Qui est en son Centre, je pense tout spécialement à Anne. Cela lui est arrivé alors qu'elle suspendait du linge. Au Jury je dirai : il n'est jamais trop tard pour suspendre le linge à la manière d'Anne. II n'est jamais trop tard pour découvrir qu'on est construit pour l'amour, à la manière de Dieu. Il n'est jamais trop tard pour faire l'expérience de la mort et de la résurrection à la manière du Christ.
Quant à moi, il m'en a fallu du temps pour sonder la profondeur et la puissance et la force persuasive de ce simple geste qui consiste à envelopper le monde du Christ dans les bras du Christ ! Des bras issus non pas des pauvres épaules de Jack, mais de la lumière éternelle qui est ici! Mais voici qu'enfin je peux dire avec Gérard Manley Hopkins:
« Je suis à la fois ce qu'est le Christ,
puisqu'il était ce que je suis
Et aussi ce Jack, jobard, pauvre pantin, débris, esquille et immortel diamant. »

Ou avec Ruysbroek, dans un style moins beau mais non moins passionné:
« Les écritures Saintes enseignent que le Dieu, le Père Céleste, a créé tous les hommes à Son image et à Sa ressemblance. Son image est Son fils, sa sagesse éternelle, et St. Jean dit que c'est en ceci que toutes choses prennent vie. Et la vie n'est rien d'autre que l'image de Dieu-selon laquelle Dieu a créé toutes choses et qui est l'origine de toutes les créatures. Ainsi cette image qui est le Fils de Dieu est éternelle, avant toute création. Et nous sommes tous faits à cette image éternelle, car dans la partie la plus noble de notre àme, qui est le siège de nos pouvoirs les plus élevés, nous avons été faits miroir vivant, éternel de Dieu, dans lequel Dieu a emprisonné Son image éternelle, et en lequel nulle autre image ne petit jamais entrer»

Ou, dans le style incomparable de St. Paul :

« [...] car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l'homme nouveau, celui qui pour accéder à la connaissance, ne cesse d'être renouvelé à l'image de son créateur : là il n'y a plus Grec et Juif, circoncis et incirconcis, barbare, Scythe, esclave, homme libre, mais Christ : il est tout et en tous.»

Et enfin, avec George Herbert, je peux chanter et crier :

«Christ est mon unique tète, Mon unique coeur, Mon unique musique.»

DOUGLAS HARDING


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