Commentaires de Douglas après l’exercice de l’œil unique

stage dans les Ardennes, 1996
édité par Maryse

Ce qu’il faut souligner très vigoureusement, c’est que ce pouvoir n’appartient pas au petit Douglas, à la petite Catherine, ni à n’importe qui. Ce pouvoir c’est le pouvoir de celui qui regarde à travers nous et qui est la première personne, l’un, l’unique. Ce qui est si étonnant et si merveilleux c’est l’humour et l’humilité de celui qui est qui consiste à se révéler à travers des choses toutes simples de la vie de tous les jours comme par exemple de faire cet exercice comme celui des lunettes pour voir qu’ici il n’y a jamais eu deux yeux, mais un espace immense. C’est sa grandeur dans l’humilité et la simplicité, la grandeur de Dieu de se révéler à nous à travers des choses toutes simples qui sont à notre portée, dans la vie de tous les jours. C’est l’humilité de la réalité qui s’incarne en nous, et qui accepte de descendre au plus bas, dans les positions les plus humbles, pour de révéler à nous . C’est très facile de rejeter tout cela en disant : « ce n’est pas spirituel, ce n’est pas religieux, ce ne sont que des jeux d’enfants ». On me l’a dit souvent, et on nous le dira encore. Mais qui donc a dit  : « A moins que vous redeveniez comme des petits enfants, vous ne découvrirez jamais le Royaume » ?


Cette vérité, elle est destinée à être répandue dans le monde. Elle est toujours disponible quand nous sommes mal, déprimés, en colère. Et toutes les routes qui nous ramènent chez nous sont toutes bonnes, elles sont toutes valables. Tous les véhicules sont valables, celui là l’est. C’est tellement accessible dans la vie, vous n’êtes pas obligés de dire aux gens ce que vous faites. Cela montre à quel point nous sommes insensés, depuis des milliers d’années nous croyons que nous regardons le monde à travers deux petits trous. C’est un jeu que nous avons joué, il est temps de siffler la fin de la partie. Ce troisième œil n’est pas un œil humain. Ces deux yeux dans la glace sont des yeux humains, mais ce troisième œil n’est pas un œil humain . Celui ci est plus vaste que le monde. Dans les Upanishads il est dit : « seul Dieu voit », et les bouddhistes disent : « est ce que nous voyons avec nos deux yeux ? non, nous voyons avec notre nature de Bouddha ». Et les adeptes de l’advaita vedanta disent : « il y a un seul qui voit, dans tous les êtres ». L’œil qui est juché sur votre torse humain c’est cet œil immense, c’est étrange et merveilleux. Et comme Richard l’a dit, vous n’avez jamais regardé avec quoi que ce soit d’autre . Nous pouvons tous rentrer chez nous maintenant et pratiquer cela, c’est très utile dans la vie de tous les jours.


Cet œil là c’est celui avec lequel vous regardiez lorsque vous étiez un bébé . Bien sûr vous n’en étiez pas conscient, vous étiez incapable de célébrer cet œil unique, mais c’est ainsi que vous regardiez le monde. Lorsque vous regardiez dans la glace et que vous voyiez cette petite tête avec deux yeux, vous n’aviez pas la moindre idée que ça pourrait être vous. C’était un petit ami, avec deux yeux, mais ce n’était pas vous. C’était le visage que vous avez acquis plus tard. Nous sommes tous arrivés en ce monde avec cet œil immense, et nous l’avons échangé contre ces deux petits yeux. Nous avons multiplié notre œil par deux, mais nous avons perdu.


Celui qui regarde en vous c’est celui qui ne mourra jamais, celui qui fait et défait le monde à volonté.
Ce n’est pas quelque chose que nous accomplissons ni que nous méritons.
Quand nous avons rejoint le club humain nous sommes devenus excentriques. Certaines personnes croient que les anglais sont très excentriques (on m’a traité d’anglais particulièrement excentrique). Appartenir au club humain, c’est devenir excentrique, mais en fait nous sommes concentriques, nous revenons au centre.
Nous parlons du vaste monde, mais ce vaste monde a un pendant qui est le vaste œil, encore plus grand que le vaste monde. Et ce qu’il y a de fantastique, c’est que nous n’avons jamais regardé le monde à travers autre chose que cela. Alors peut être allez vous me dire c’est très amusant, c’est peut être psychologiquement valable, mais en tous cas ce n’est pas scientifique. Alors je crois qu’il faut distinguer voir et ce qui est vu. Ce que nous voyons est conditionné par tout le reste dans le monde. Ce que nous voyons est très compliqué comme une toile d’araignée de conditionnements, parce que le monde est un grand réseau de conditionnements mutuels . Le contenu de cet œil immense, ce qu’il perçoit c’est un ensemble confus de conditionnements . Par exemple si vous avez une cataracte ou une jaunisse ou une myopie avancée, le contenu de ce que vous voyez va être différent, tout comme ce que vous voyez varie lorsque le soleil apparaît ou disparaît. Il faut faire la différence entre ce qui est vu et celui qui voit . Occupez vous de celui qui voit et ce qui est vu s’arrangera tout seul. Soyons qui nous sommes. En fait, il s’agit simplement de comptes. L’ouverture du troisième œil, en fait, c’est une opération de calcul. Je regarde dans la glace et je vois l’œil n° 1 ici, c’est mon œil d’accord, et l’autre c’est l’œil n°2. Mais ils sont là dehors, et si je ramène le miroir sur moi, ils disparaissent ; je garde mes yeux là dehors comme un crabe qui a ses yeux là dehors. Donc là bas il y a deux yeux, et ici 3, le troisième œil. Et c’est la véritable ouverture du troisième œil. Vous connaissez cette iconographie qui consiste à dessiner un troisième œil sur le front, eh bien il y a quelques années le bruit courrait que quelqu’un a essayé de creuser un trou là. Le livre qui parlait de cela s’est vendu à des millions d’exemplaires, celui qui parlera du troisième œil véritable se vendra à quelques milliers d’exemplaires. Comme nous détestons ce qui est évident et ce qui est simple ! Pourquoi être simple si l’on peut être compliqué ?


Il y a une petite expérience que je vous recommande de faire dans l’intimité, mais nous n’avons pas les instruments pour le faire ici. Cette expérience je la chéris. Comme l’a dit Richard, l’un des pouvoirs de ce troisième œil c’est de détruire et de créer le monde à volonté. Il a un autre pouvoir, c’est de peindre l’univers, toute la scène en bleu, en jaune, en vert etc….C’était la première expérience que j’ai faite dans ma vie, j’avais 6 ans. J’habitais au bord de la mer, et sur une plage il y avait un tas d’ordures. Je me promenais en secret dans ce tas d’ordures et j’ai découvert des morceaux de verre colorés, rouge brillant, vert, jaune. Je les ai nettoyés. Mais ce n’était pas les morceaux de verre eux mêmes qui étaient mes joyaux, c’étaient mes joyaux précieux parce que je pouvais mettre l’un et l’autre d’entre eux devant mon œil et peindre le monde. L’un des pouvoirs de votre œil unique c’est de pouvoir peindre le monde. Et j’aime l’humilité de qui nous sommes vraiment d’accepter de se révéler à travers un objet découvert sur un tas d’ordures à un petit enfant solitaire de 6 ans. C’était pour moi une grande joie de faire ça . Je peignais l’univers en rouge, puis en bleu, c’était mon secret. Je les avais dans ma poche, et la maîtresse a découvert ces morceaux de verre, elle me les a pris, et j’ai pleuré.
Qui nous somme vraiment vraiment se démène de toutes les façons possibles pour nous montrer qui nous sommes.


Il y a deux façons d’éviter cette évidence. La façon habituelle c’est d’être un membre fervent du club humain et de ne jamais avoir le courage de regarder ici. L’autre façon d’éviter ces bénédictions évidentes, c’est d’être une personne hautement spirituelle, et de mépriser les choses ordinaires de la vie, de chercher à vivre une spiritualité qui ne soit pas liée à la terre.


Le pouvoir qui est derrière l’univers ne méprise pas un tas d’ordures. Et par la suite nous allons faire une expérience qui a débuté avec un sac à ordures canadien. J’aime l’humour et l’humilité de celui que nous sommes vraiment vraiment. C’est le très haut qui accepte de descendre au plus bas. Cette sorte de gloire, de pouvoir, elle me convient.


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